Un malicieux cochon fugueur
21 janvier 2011 dans Coup de coeur
Voici une vraie histoire de ma campagne vendéenne qui va en amuser plus d’une !
Un malicieux cochon fugueur
Il y a quelques années de cela, disposant d’un vaste terrain que les moutons du voisin entretenaient, vint le jour où le propriétaire décida de les changer de pâturages… certains connurent le triste sort de finir en couscous. Ce posa alors la question de l’occupation du pré, vaste souci pour nous qui jusqu’à lors, ne nous avait pas effleuré l’esprit. Il est vrai que cet arrangement de bon voisinage nous éloigna de cette préoccupation. Nos tondeuses biologiques parties, il nous fallut réfléchir au problème. Nous avions souvent évoqué le désir de réaliser une basse cours mais sans jamais nous attarder vraiment sur le dossier. Nous étions à cette époque tellement investis dans les travaux de rénovation de la maison que tout resta au stade d’un hypothétique projet, mais acculé devant le fait accompli, nous ne pouvions que nous pencher sérieusement sur l’affaire. Deux possibilités s’offraient donc à nous : laisser le terrain en friche (cette solution fut très vite écartée) ou concrétiser notre envie…c’était le moment ou jamais.
Après bien des conciliabules avec Gégé (mon mari) sur le sujet de notre basse cours et sa mise en place, il ne nous restait plus qu’à acquérir les futurs occupants. La gazette de la commune nous donna l’opportunité d’accomplir notre souhait dans des conditions optimales, jugez vous même : Un article mentionnait une foire aux volailles organisée par une association qui avait pour but de préserver et protéger des espèces en voie de disparition. Trépignant de joie, nous voilà tous deux déjà propulsés d’un seul bond dans l’achat de nos volatiles. De bon matin ce dimanche là, après une nuit plutôt agitée car nous avions hâte de découvrir ces petits trésors, nous voilà au beau milieu de la salle des fêtes, explorant avec curiosité tous les stands, dans un vacarme intempestif tant les volatiles s’égosillaient à coeur joie. Toute bourse déliée nous achetâmes, poules, oies et un superbe coq de combat asiatique, prirent en suplément une carte d’adhérent, mais le clou de nos emplettes se situa sur un cochon, dont nous tombâmes de suite amoureux. Dans un parc, quatre petits cochons noirs du Vietnam attendaient des futurs adoptants, et ne résistant pas à leur charme, « Pornic » parti avec nous dans une boite en carton. Une fois arrivés à la maison, nous installâmes tout ce petit monde, fiers et forts émus de nos nouveaux colocataires qui prirent rapidement leurs marques. Ce fut pour nous le début d’une longue épopée, endossant ainsi le rôle de paysans néofites qui bien sur allait nous proccurer bien des joies, bien des surprises mais aussi fatalement des échecs, car en débutant non avertis les erreurs de parcours font légion, mais c’est comme cela que l’on apprend. Les jours passaient et notre Pornic vivait joyeusement avec la tribu des gallinacés, couchant dans un coin de la bergerie et partageant son repas avec ces derniers. Les poules prenaient plaisir à grimper sur le dos de notre goret (non du cochon en patois Vendéen), le débarrassant de ses hôtes parasites qui aux beaux jours venaient s’installer sur son cuir.. Bref, tout allait bien dans le meilleur des mondes. Jusqu’au jour ou Pornic décida de partir à la conquête du monde… ce fut le début des ennuis !
A notre insu, monsieur se sauvait, mais le malin revenait pour l’heure du dîner, et notre voisin nous informa que notre ami se promenait à travers les champs. Nous avions vérifié car cela nous paraissait bien suspect, au point où nous nous posions la question : peut-être est-t’il bigleux (le voisin, pas Pornic) ? N’a-t-il pas confondu avec un sanglier?
Pour en avoir le coeur net, nous épions le suspect et croyez moi cela nécessita bien du temps avant de tomber sur la preuve irréfutable ! Il fallut se rendre à l’évidence : Pornic fuguait et très subtilement en plus ! Tantôt il était paisiblement couché sous le chêne, tantôt il disparaissait, mais jamais nous ne trouvâmes par quelle voie il s’évadait… ce fut pour nous le grand mystère et le resta.
Nous avions cependant trouvé la parade, achetâmes un grillage et Gégé s’empressa de lui confectionner un parc. Mais voilà, entre temps, le ton montait et le bruit
de la rumeur avait atteint la mairie. Les choses se compliquaient et je voyais arriver le jour où les sanctions allaient tombées. Les paysans de la contrée ne se gênaient pas pour nous colporter toutes sortes de « quand dira t’on », et la menace existait sérieusement et planait au dessus de nos têtes. Pas loupé ! Un courrier émanant de la société de chasse arriva, nous intimant de contenir notre cochon, faute de quoi, une battue serait ordonnée. Je voyais déjà mon cochon en pâté et saucisses finir dans les assiettes des petits vieux de la maison de retraite… cette idée m’était carrément insupportable. Gégé, vert de rage à la lecture de cette missive, couru s’entretenir avec le conseiller municipal :
» Votre cochon chinois est sans cesse en divagation et les chasseurs craignent qu’il se reproduise avec des laies. »
Gégé remonté comme une pendule le reprit :
» D’abord, ce n’est pas un cochon Chinois, le mien, c’est un Vietnamien, ensuite comme voulez vous qu’il saute des laies ? elles sont sauvages ! il ne va pas les approcher comme ça, les mâles vont défendre leur femelles qu’est ce que vous croyez vous? »
Après une sérieuse dispute, chacun défendant son bout, on accorda à Gégé huit jours et pas un de plus pour gérer le problème.
Ayant choisit une clôture de luxe, orange avec des petits noirs, nous installâmes notre fugueur dans son parc. Je trouvais d’ailleurs qu’elle lui allait fort bien au teint car elle était en accord avec sa couleur, mais mon cochon ne fut de mon avis. Il reprit ses fâcheuses habitudes, réussissant à passer au travers de la clôture électrique et cela me valut un épisode truculent que je vous narre.
Un voisin pas très fini, « un peu juste » comme on dit dans le pays, débarqua tout droit dans ma cours… enfin presque tout droit ! L’homme gesticulait, perché sur sa mobylette qui tanguait autant que lui… pour cause, il avait bu plus que de raison. Penché comme la tour de Pise il m’accosta :
» Ben, vlà, y’a le Pornic qué chez mo, fo v’nir le chercher »
Réprimant un sérieux fou rire, je suivi l’homme campé sur sa mobylette bleue qui oscillait de droite à gauche, tout en me faisant de grands signes avec ses bras qui battaient l’air comme des moulins à vent.
« V’enez o lé por là »
Après un périple à travers les champs, jouant à cache cache avec ce coquin de Pornic qui avait bien compris ce que je lui voulais, je traversais le village sous le regard médusé et amusé des paysans. Pornic devant qui trottinait sur le chemin du bercail, et moi, derrière avec un grand bâton.
Le temps pressait et il fallait sauver Pornic de la tuerie. J’eus beau m’entretenir avec lui, le mettant en garde contre les vilains, rien n’y faisait; il ne m’écoutait pas… Monsieur me narguait avec sa suprême arrogance !
Heureusement, un appel à l’aide sauva le cochon d’une mort certaine; on me proposa une épouse pour Pornic. J »espérais que cette dernière le convaincrait de cesser ses impétueuses fugues, me souvenant ce que disait ma grand mère :
« Ma petite fille, les garçons, une fois qu’ils sont attelés en couple, ça les calment ».
Je pensais que si c’était vrai pour les humains, après tout, cela pouvait bien fonctionner pour les animaux, du moins, je le souhaitais. Madame, baptisée Arlette, arriva à grand train, et dès le premier regard, je compris que cette nouvelle compagnie allait séduire mon Pornic. Il s’empressa de lier un brin de conversation à sa manière. Une fois les présentations faites et quelques politesses courtoises, sans vergogne, il lui fit sa fête et sous nos yeux cet indécent !
Nos cochons amoureux, unis comme les doigts de la main restèrent paisiblement dans le parc, et de cette union naquirent cinq enfants. Depuis lors, Pornic n’éprouva plus l’envie de fuguer. Tout rentra dans l’ordre et c’est ainsi que la méchante rumeur s’éteignit et que je me suis dit que ma grand-mère avait raison !
Le bon sens proverbial de nos campagnes à toujours une vérité et je l’écoute toujours avec attention. C’est ainsi que dans certains pays, on dit que lorsque qu’un ancêtre meurt, c’est une bibliothèque qui brule et qui part en fumée. Il est important pour moi de transmettre le savoir des aïeux, de l’appliquer et de l’enrichir.
Anne-Marie
Merci à tous ceux d’entre vous qui avez témoigné de votre soutien à la Vendée et à mon auguste personne. Vous êtes nombreux à vous être manifesté. Collègues et clients se sont inquiétés et interrogés sur mon sort et celui de mes congénères. Vous le savez par les médias, les dégâts furent conséquents mais pire encore, les pertes humaines ont endeuillé la Vendée. La tempête était annoncée, tout le monde était sur ses gardes, seulement voilà, les choses ont viré au noir et au drame. Ce dernier aurait put être minimisé, mais les erreurs humaines sont une fois de plus à l’origine de cette catastrophe. Des maisons construites en zone inondable, des digues non entretenues et des canaux non curés, voici les ingrédients qui nous valent de déplorer aujourd’hui des décès et dégâts qui ne resteront pas sans conséquence!! Le choc psychologique étant le plus redoutable, les familles auront bien du mal à se reconstruire. Le second choc à amortir sera le coût des frais occasionnés par la tempête et celui à venir pour remettre tout en état. Sur le plan économique, l’addition sera salée et pèsera lourd pour la bourse du contribuable que nous sommes tous. Tant que l’homme provoquera la nature, tant qu’il tentera de la dompter et de la contrarier, nous connaîtrons encore des catastrophes, car la nature, tôt ou tard, reprendra ses droits. Ne l’oublions pas, nous sommes les locataires de cette terre, prenons en soin et sachons vivre avec notre environnement en le respectant. La nature est généreuse mais ne supportera jamais que nous la maltraitions.


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